La "Virée" de l’atelier du Collectif


samedi 23 juin 2012

La "Virée" de l’atelier du Collectif.

du 24 juin au 5 juillet l’atelier du Collectif (ou plusieurs de ses membres) sont allés à la rencontre de plusieurs associations de France dont les actions se rapprochent du Collectif les Morts de la rue. sur cette photo (tirée d’un article du Bon Plan) : David, Victoric, Micheline, Cécile, Fabrie, Danièle et Daniel. Patrick, Lucas, Emmanuel, David, nous ont rejoint sur un bout du parcours. Les textes, récits, réflexions diverses qui suivent, ainsi que les photos, proviennent des différents participants du groupe. Parmi eux, plusieurs ont vécu ou vivent encore à la rue. Leur point de vue nous parait intéressant. Nous reprenons les mots des uns et des autres. Vous pouvez bien sur dire votre accord ou désaccord dans le forum qui suit vous trouverez ci-dessous les étapes de ce voyage, les plus récentes étant placées au plus haut. Beauvais, le 24 juin Rouen le 25 juin Rennes le 26 juin La Rochelle le 28 juin Bordeaux le 29 juin Marseille le 2 juillet Grenoble le 3 juillet Lyon le 4 juillet. 4 juillet à Lyon, où nous rencontrerons Morts sans Toi(t) et des associations proches des sans-abris… Rencontre à l’hôtel de Ville de Morts sans toi(t) du Conseil Lyonnais pour les Droits. Nous échangeons sur nos structures et nos engagements. Une différence principale : Mort sans toi(t) est principalement orienté vers les Morts dans l’isolement, et moins préoccupé par la condition des personnes de la rue qui souvent sont accompagnées et non isolées. Des actions sont en cours pour informer les riverains des morts isolés, par voie d’affichage dans le quartier et les halls d’immeubles, d’autre part, ils essaient d’avancer pour la prise en charge des transferts vers d’autres pays quand les familles le demandent. Nous allons ensuite visiter le Foyer d’accueil d’urgence de Notre Dame des Sans-abri. C’est une structure très importante qui accueille en dortoir et en cabine plus de 100 personnes. Nombreuses cabines (emboîtées comme des légos, offrant espace personnel minuscule), n’ont pas de fenêtres. Pour plusieurs d’entre nous cela évoque des cercueils… Comment se fait-il que certaines personnes soient dans ce foyer d’urgence depuis plus de 10 ans ? Nous apprécions par contre qu’une affiche annonce un décès, dans l’entrée de la structure. Il nous semble que cet affichage est un honneur et une reconnaissance de la dignité de cette personne… Il nous est dit également que les morts de Notre Dame des Sans-abri étaient dans un caveau à part, et actuellement dans un terrain à part… et on est étonnés que ces pauvres là ne soient pas parmi les autres citoyens. En se promenant l’après midi, nous découvrons de l’extérieur un autre foyer géré par la même association. Ce foyer accueille les familles, et les hommes ayant un chien. Il paraît beaucoup plus humain. Nous aurions bien aimé pouvoir rencontrer des structures plus petites et innovantes. Le cimetière Le mur des suppliciés : c’est le deuxième que nous rencontrons. Les tombes comme à Marseille ne sont pas identifiées. Nous ne nous étions jamais posé la question de ce que devenaient ces personnes dont la famille n’a même pas le droit de savoir où ils sont. C’est secret. Dans le carré commun, les tombes ont depuis peu un encadrement en bois. Et l’équipe de Lyon a tout récemment fait un peu d’entretien du terrain. Le soir, nous sommes invités à un buffet avec l’équipe. Temps où nous poursuivons nos échanges. Moment où partager parfois avec vivacité sur nos visites de la journée. 4 juillet, en route vers Lyon, nous échangeons sur l’hommage vécu la veille à Grenoble Micheline : retrouvailles , heureuse de revoir Fabrice… Grenoble c’est touristique parce qu’on voit les montagnes on voit pas souvent les montagnes. Ça fait bizarre qu’ils ont fait une cérémonie dans un jardin c’est peut-être pour se faire connaître pour qu’ils aient plus de monde, pour se faire connaître ; c’est un peu normal, on débute petit pour finir grand. Quand ils ont dit les noms, ils disent pas comme nous, ils disent que le prénom, ils disent pas leur âge, c’est pas la même chose. Ils sont peut-être pas au courant de leur âge. C’est un peu normal parce qu’ils débutent, ils commencent petit. On peut pas faire tout bien du premier coup. Quand ils ont fait plusieurs fois ils sauront comment faire. Il faut bien inventer. C’était bien parce qu’il y avait des hommes et des femmes. Quand ils lisaient, une liste d’hommes une liste de femmes. J’ai bien aimé qu’il y ait des listes différentes. Quand on met des fleurs, qu’on dépose des fleurs, c’est un symbole, on pense à ceux qui sont décédés. Les galets, les noms sur les galets. Les noms des personnes décédées ; ils en ont fait une statue, c’est symbolique. C’était bien. C’est peut-être mieux que les papiers, parce que les papiers ça s’envole. Ça reste les galets. J’ai regardé le fil rouge. Je me suis demandé quel était le sens. C’était comme un sentier.. je croyais qu’on allait loin, et c’était à côté. Ils ont fait un monticule. La silhouette en blanc au sol, c’était bien. Là où il y a leur plaque des Droits de l’homme. Les galets ont été amenés au cimetière c’est un geste symbolique. Quelqu’un a versé de la bière sr les galets, ça m’a fait bizarre, mais c’est un symbole aussi. Il y eu des musiciens, guitaristes. Il y en a un qui a récité un poème. Il a lu sans papier. Il a dû l’apprendre par cœur. Moi aussi quand je chantais j’apprenais à force de répéter. La sono qu’ils avaient, c’est la mairie qui leur a prêté. J’ai un peu aidé Victoric il fallait que je l’aide. Je l’ai envoyé baladé pas méchamment. J’ai enregistré les voix des personnes. C’était un peu lourd mais on s’y fait… J’ai un peu filmé. Y avait un gros machin pour orienter quand on doit parler… C’est Victoric qui choisissait ce que je filmais, c’est pas moi… J’ai parlé aussi un petit peu dans le micro… Un peu délurée j’ose parler… grâce à ATD et au Collectif… Daniel Dreux : C’était bien. Il faisait beau. J’ai trouvé ça original, les galets, on aurait dû y penser. Avec les pavés c’était un peu le même genre. J’ai aimé le chemin rouge, et le pavé des droits de l’homme. Je ne sais pas si ils ont filmé la place. Là où s’est arrété l’esclavage. C’était bien dans un jardin. Chez eux il y a plus de palmiers… Le chemin rouge, je ne savais pas qu’il tournait ; je ne savais pas qu’il allait vers le parvis des droits de l’homme. Pour moi, c’est en lien avec la pancarte contre l’esclavage. Emmanuel : J’ai aimé les textes qui ont été lus. L’un qui a été écrit par un éducateur, Pascal. Ce texte m’a beaucoup touché. Celui du guitariste aussi. Ces textes m’ont touché ; c’est vachement intéressant de voir l’émergence d’un mouvement. Messaouda était vachement fière. Il y a un lien avec la rue qui se voit et s’entend. Cette femme qui a arrosé le sol de la bière ; ce n’est pas déconnecté du vécu de la rue même au contraire ; L’idée des pierres, c’est pérenne, c’est une bonne idée. Drôle d’horaire quand même. Entre midi et deux. Danièle : _ J’ai aimé le caractère spontané travaillé de l’ensemble. Le fil rouge et les pierres, excellente idée. L’idée du fil rouge, mais aussi le rouge est le sang qui coule dans le rue. C’est la vie aussi. La silhouette en position fœtale. J’ai aimé. Entouré de fleurs. Quelqu’un qui a pas eu tout son compte de vie … Cécile : _ j’ai aimé quand des personnes ont écarté des fleurs pour lui laisser place. Danièle : j’ai aimé le poème du guitariste. Et sa façon de jouer de la guitare à certains moments. C’était un bel hommage. La compagnie de Messaouda : ça fait partie de notre règle du jeu. Et de notre voyage. J’ai aimé ’l’attitude de Messaouda au cimetière, avec ses chiens. Et l’homme qui jouait de la flute. Son attitude était très juste. Et tout le monde le laissait s’exprimer. C’était des moments de recueillement. Cécile : _ Le cimetière était digne, la partie pour les pauvres, était assez poétique, herbes folles et croix de guingoix, allées bien dégagées et entretenues. Et pas d’exhumation au bout de 5 ans… les tombes les plus anciennes étant de 1990. Messaouda nous a accompagnés jusqu’à l’auberge, pour être sûre que nous arrivions à bon port. C’était nous accueillir jusqu’au bout. Danièle : J’ai bien aimé que les gens de Marseille réagissent par rapport aux photos que nous avons publiées sur le site. Pour une fois c’était bien d’être présent à une célébration sans avoir de responsabilité. J’ai aimé qu’il y ait un long temps à vivre ensemble pour différents gestes. Victoric : Micheline a dit qu’à Paris c’est plus grandiose. Avec David et la femme de l’association Mort de Rue Grenoble, Eléonore, on a beaucoup discuté. Elle trouvait aussi que ça devait être plus grandiose, mais que c’était un première fois. Plus spectaculaire ce serait mieux. Par rapport à la place Stalingrad où je vous avais rejoint pour la première célébration, tous les gens qui passaient s’arrêtaient, accueillis par des gens qui distribuaient des papiers. Les gens qui passaient dans le jardin de ville à Grenoble ne savaient pas que c’était. La première fois, c’est normal mais ça doit être plus spectaculaire. j’ai bien aimé. Messaouda, elle a dit quelque chose quand il y avait la célébration. Ça a mis des mots sur ce que je ressens. Nous ont est là. On est pas des salariés d’associations. On est là parce qu’il le faut… 3 juillet à Grenoble, où a eu lieu leur premier hommage aux Morts de rue. Voici déjà les photos… le texte suivra. Quelques photos de Grenoble premier hommage Grenoble3 juillet 2012Jardin de Ville 3 juillet, entre Marseille et Grenoble, nous discutons sur nos rencontres marseillaises : quelques mots sur Marseille en général : Danièle : à table, j’étais à côté d’un maraudeur, et ce qui m’a frappé, c’est que malgré que ce soit une grande ville, ils se connaissent tous. Ils sont en réseau. Micheline : la visite de Notre dame de la Garde c’est bien parce qu’on domine tout Marseille. J’ai même pu mettre une bougie à la chapelle. En fait, Marseille, c’était bien. A part le cimetière… mais on venait aussi pour ça. Emmanuel : Marseille, c’est la ville du meilleur et du pire. À Marseille, il y a un discours ambiant. Philippe Carez a écrit sur Marseille qui se dégrade… il dit : "Marre de voir les pauvres"… c’est différent de dire "Marre de la pauvreté… " le problème est la pauvreté et pas les pauvres. Marseille : on y voit les pauvres. Une ville où ça zone beaucoup. Ça me frappe presque plus qu’à Paris. L’impression d’être dans un autre pays. Une ville qui est à l’abandon. J’ai fait une maraude de nuit : c’est vraiment une ville à l’abandon. J’étais avec la Croix Rouge. La nuit, tous ces petits peuples sortent de la gare, de l’hôpital de la Timone. Tous les autres dorment, il n’y a plus que la rue, la cour ds miracles. Putain, cette vile, il y a un truc. Je ne sais pas si je peux expliquer… Une humanité abandonnée. Les gens qui vont mieux se barrent. Reste plus que la misère… à Marseille il y a une coordination qui fait défaut. C’est cahin cahas. Il n’y a pas beaucoup de maraudes par rapport à Paris. Il n’y a pas de coordination. Les points spécialisés existent. Le souci c’est l’été. Les endroits où on peut se doucher sont trop rares. La domiciliation aussi. Les animateurs et gens de la rue se connaissent mais il n’y a pas assez de coordination. Le rayon psychiatrie de rue est en pointe. Un lieu expérimental : squat d’accueil fait par Vincent Gerard. Programme sur le « logement d’abord » basé sur une étude canadienne. Le Hameau Micheline : J’ai aimé les petites maisons qu’ils ont, les maisons en bois. Ils peuvent faire leur cuisine, certains vivent en ménage, vivent à deux. Être dans les foyers, c’est pas une solution, c’est pas une vie quand on est à deux. A Paris j’ai jamais vu ça. Ils avaient mis des capteurs solaires sur chaque chalet pour l’eau chaude et le chauffage solaire. J’ai pas beaucoup parlé, j’ai écouté. J’ai pas trop parlé à personne. Danièle : Les gens avec qui j’ai mangé m’ont dit que le hameau c’était un projet mené avec les gens de la rue qu’ils connaissent et il n’y a pas de turn-over, ils sont amenés à y rester pour leur vie. Il faudrait démultiplier ces petites structures. Après les enfants de Don Quichotte, il y a eu le Village de l’Espoir à Ivry, c’était un peu pareil. Il faudrait beaucoup plus de petites structures adaptées. La seule contrainte c’est la violence répétée qui est le seul motif d’exclusions. Les règles sont déterminées en commun : dépendances, animaux… et sont acceptées. Le Hameau est une très belle expérience. Qui pose la qestion du nombre… ça a été travalilé un an avant, avec voisinage, architectes, gens de la rue. Les gens lambda ignorent tout de la rue. Il faut souvent beaucoup de temps pour faire accepter çaa aux riverains. Le Cimetière de Marseille Micheline : Au cimetière c’était triste, c’était inhumain. Mais ils ont peut-être pas d’autres solutions ? J’ai pas poussé plus loin avec vous. Je suis un peu sensible, faut des fois que je fasse attention. Pour pas pleurer. Je sais que c’est dur. Je savais pas que ça existait qu’on voyait les ossements. Ils font par dessus, ils n’ont même pas le temps de se décomposer. Il faudrait relever la terre mais les ossements remontent. On peut rien faire. On peut pas… Ce qui m’a frappé un peu, c’est les tombes des légionnaires, comme des tiroirs. J’avais jamais vu. Danièle : Au cimetière, c’était un contraste impressionnant entre les champs d’ossements et les super caveaux qui dominaient la situation. Danielle Emmanuel : A Marseille, un endroit spécial au cimetière : le mur des supliciés. Les condamnés étaient enterrés sans aucun lieu identifiables, et les familles écrivaient les noms sur un mur en mémoire. Danièle : le principal problème de ce cimetière c’est qu’ils n’onot pas d’ossuraire digne. Ils ne se donnent pas la place d’un ossuraire digne. Ils mettent les os sur le bord des zonnes. Ils pourraient faire comme à Rennes. Lucas citait la loi. Il est demandé la décence de l’inhumation aux communes. Auprès de qui se retourner quand la loi n’est pas respectée ? Il doit y avoir des recours. Victoric : il ne faut pas se focaliser sur l’horreur marseillaise, sinon, ceux qui font comme à Bordeaux, avec des plaques dégueulasses pour les pauvres vont dire : regardez comme on est mieux qu’à Marseille. A Marseille, il faudrait arriver à 200 ; ramasser tous les os, en faire en gros tas qui leur saute à la gueule Malgré l’horreur marseillaise, dans cette horreur, il y a des gens qui font un travail de mémoire, qui essaient. Ils sont peu… il y a un immobilisme. Cécile : j’étais touchée par Mireille qui racontait devant chaque tombe ses rencontres avec chaque personne. Ça contrebalançait l’indignité en faisant revivre chaque personne. Emmanuel : c’est grace à Mireille que j’ai continué ce projet : elle faisait exister. Danièle : Les gens étaient réhabilités par la façon dont elle parlait des personnes, car ils existaient à nos yeux. Ça les faisait revivre. Emmanuel : Ils ne lachent pas. À un moment ils avaient perdu trace d’un gars. Ils ont appris sa mort à Aiguille, et ont retrouvé sa place, sa tombe. Ils sont allés y mettre une plaque… ils l’avaient connu beaucoup. Il n’y avait pas de noms… Patrick relatait la remarque du conseiller municipal : pourquoi faire quelque chose, puisqu’il ne reste rien passé 5ans et et 8 mois. Puisque les corps ne restent que 5 ans… c’est de l’argent fichu en l’air… Bernard a raconté que pour T. 35 ans. Il y a eu un grand retard. (…) et au cimetière, comme il y avait retard, ils ont laissé tomber le cercueil au fond de la fosse sans utiliser les cordes… une fois ils ont creusé à la pelleteuse car ils avaient oublié de faire le trou… 2 juillet : Marseille où nous rencontrons les Collectif de Toulon et Marseille Le Matin, après un pot d’accueil, nous sommes allés au cimetière où recueillement et révolte ont été présents. Recueillement auprès de tombes où l’un ou l’autre nous évoque une vie. Une femme âgée, chanteuse de rue, un jeune homme de 35 ans, une jeune femme décédée dans un hall d’immeuble… Pour ces personnes évoquées, nous avions pris des galets à la Rochelle et invitons l’un ou l’autre à écrire un mot d’amitié… Révolte et colère auprès de tombes où la décence légale n’est pas respectée. Des os. des ossements, là… distincts, une côte, une vertèbre… et on se dit qu’on ne peut le taire. Cela doit être vu pour changer !!! d’autres rencontres dans d’autres villes nous ont montré que ce chemin de dignité peut être parcouru !!! on ne peut laisser ainsi ! Nous allons ensuite déjeuner au Hameau : c’est un lieu d’accueil innovant, ouvert pour des personnes ayant connu la grande exclusion pendant de nombreuses années. Les parcours de vie ont été différents pour chacun d’entre eux… Mais aucun des circuits d’aide classiques n’étaient appropriés. Une équipe Marseillaise a conçu le "Hameau" sur mesure. chaque personne accueillie a sa chambre. Un espace à lui qu’il peut aménager comme il l’entend. en sécurité. dans une sorte de petit village, ouvert sur la ville et où chacun peut aller et venir, préparer ses repas, inviter s’il le veut… Tout ce qu’on y apprend, c’est qu’il y a d’autres alternatives à la mort inéluctable ! la mort des personnes en grande exclusion n’est pas une fatalité ! Nous rencontrons plusieurs partenaires marseillais, des équipes mobiles, des personnes présentes en accueil de jour, l’équipe du Hameau… et nous apprenons beaucoup. L’après midi, nous échangeons sur les réalités vécues à Toulon et Marseille. A Toulon, une "Nuit des sans abri" a lieu tous les ans le 21 décembre à l’entrée dans l’hiver. Les noms des Morts de la rue sont cités à cette occasion. Un projet de monument aux morts de la mer, immigrés s’échouant en tentant d’accéder aux côtes, est en bonne voie, en lien avec l’abbaye de Lérins. L’après midi, nous allons ensuite à Notre Dame de la Garde pour contempler la Ville de Marseille, et où les ex-voto remerciant de tant de vies sauvées font écho à toutes ces vies trop courtes. Nous passons la soirée chez Adam, au presbytère de la Pauline. Soirée détente en toute amitié, à l’ombre des arbres couverts de fruits. 30 juin : La Fermette, près de Bordeaux. Repos La Fermette est un lieu où des enfants arrivent après des parcours déjà difficiles. Pour les accueillir, une grande maison, des animaux, un âne, Saphir, une biquette, Batna, des chiens, Nougat et les autres… des adultes présents, un grand figuier qui donne l’ombre aux repas, et tout le reste qu’on ne peut raconter. | | | Ceux d’entre nous qui ont eu une enfance difficile pensent qu’ici peut-être, ils auraient pu … C’est aussi un lieu où nous reprenons des forces, lavons le linge, prenons le temps de faire le site, le mettre à jour. C’est aussi pour certains d’entre nous, l’occasion de faire le point sur ce qui est vécu. Paroles de David, sous forme d’interview, un jour de repos à la Fermette, le 30 juin 2012. Comment te sens-tu ? - Je me sens très bien. En pleine liberté. Spécialement ici, à la Fermette. Les gens nous accueillent bien, avec le sourire. C’est bien. Des gens simples et sensibles, à l’écoute des gens ; Comment vis-tu notre équipée ? Notre équipée : rien à dire ! De bonnes blagues, de bonnes détentes. Je me sens bien. Ce qui me dérange : c’est quand la petite ne râle pas… elle commence à être fatiguée ! Je ne regrette pas d’être venu ! Que dirais tu des rencontres que nous avons faites ? Nos rencontres : les gens sont sympa. Sensibles. Sympa. Qui pensent à leur prochain, qui s’impliquent. En bien. C’est beau comment les gens s’investissent dans ce qu’ils font. À Beauvais, ils pensent à tous les détails. Et ils pensent aussi à ce qu’ils vont faire ensuite quand ils en auront les moyens. A la Rochelle : ils sont motivés, avec les bâtons qu’on leur met dans les roues ! Dès qu’ils avancent, on les fait reculer ! Elle s’investit bien dedans, Anita. Elle est allée à la cafétéria où on était, en banlieue, pour récupérer les documents et les affiches. Elle est à fond dans ce qu’elle fait. Ça va lui permettre de continuer malgré les difficultés. Vois tu des suites à ce voyage ? Ce sera avec plaisir que je reviendrai pour rencontrer avec eux les gens de la rue à la Rochelle. Tous les gens que j’ai rencontrés, ils m’ont plu. J’en rencontre aussi à Paris. Heureusement qu’il y a des gens qui pensent aux autres et pas qu’à leur petit confort. Ce qui est pénible pour moi, tu le sais : les cimetières… j’ai raz le bol d’en voir ! Je souhaite que ça se passe aussi bien que ça s’est passé pour le moment. Que l’aventure continue. Et que Danièle me laisse faire ma sieste tout au fond dans le camion ! Des découvertes : c’est peut-être pas du temps perdu de faire ce qu’on fait. J’espère que ça ne soit pas fait pour rien. Ça pourrait apporter du positif. Paroles de Victoric, un jour de repos à la Fermette, le 30 juin 2012 Les plaques bleues, ressemblent à des plaques de la rue. Je me suis dit que c’est parce que c’est des gens de la rue. Les associations devraient faire pression pour avoir bien plus. Je préfère quelque chose de plus individualisé. Comment les associations ne font pas davantage pression pour avoir des tombes comme tout le monde ? Les associations devraient faire pression pour avoir bien plus. Je préfère quelque chose de plus individualisé. Comment les associations ne font pas davantage pression pour avoir des tombes comme tout le monde ? On peut faire plus. Quand je parlais avec David et avec Patrick, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas raconter de conneries. La légèreté disparaît quand tu vis à la rue. Tu vas à l’essentiel. À Rennes, ce sont les gens dans la galère qui sont à l’origine. Ceux qui les accompagnent ne vont avec eux que sur l’essentiel. Les plaques bleues : c’est n’importe quoi. Comment tu peux enterrer des gens comme ça et préparer ta sépulture familiale dans ton caveau ? C’est comme disait Danièle : elle se sentait mal après avoir passé toute une journée avec Alex et Liliane quand ils vivaient à la rue… puis en rentrant, ils les réinstallent près du métro et se sentent mal en rentrant chez soi. A Rennes, ils ont du recul car ils savent qu’ils ne sont pas entièrement légitimes. C’est pour ça que c’est mieux : ils vont à l’essentiel. Ils font ce qui doit être fait. Ils ne cherchent pas à se donner bonne conscience. Ils ne font pas quelque chose pour faire quelque chose, mais parce que ça doit être fait. Au début quand je suis parti, je pensais filmer un max. Au contraire. Je dois vraiment… ça me fait souffrir. Je ne savais rien de tout ça. Vie – mort – rue … En réalité, je pense qu’il faudrait écrire en énorme, comme sur les paquets de cigarettes : « Vivre à la rue tue ! » Je suis contre ces trucs de maraudes. Ils vont dans la rue. On ne devrait pas aider les gens à mieux vivre dans la rue. « ne pas déranger »… " 29 juin : à Bordeaux, nous rencontrons Chantal et Joël Nous avons rencontré Joël Begueret et Chantal Loiseau qui font un repas à midi, pas le soir, 7 mois par an d’octobre à mai, pour 120 personnes, comme un petit restaurant, « le pain de l’amitié ». c’est bon et bien présenté. Chantal y fait souvent la cuisine, il y a 150 bénévoles. Sinon, on est allés au cimetière. C’est un peu commun. Ils appellent ce lieu « le Champs Commun ». Il y a une stèle au milieu en mémoire aux Morts inconnus. Cette parcelle est un champs plein de fleurs qui repoussent d’une année sur l’autre mais fanent en hiver. Plusieurs d’entre nous aiment beaucoup, parce que c’est fleuri et joyeux. D’autres n’aiment pas du tout parce que ça ne fait pas de différence entre les gens et qu’on ne voit pas la limite entre les tombes. Victoric dit que c’est triste comme ça. Les noms des personnes isolées accompagnées par l’équipe de Bordeaux sont sur des plaques bleues. Après, on va voir une autre parcelle, où il n’y a que des numéros et pas de noms sur les tombes. Comme des chiens, précise Micheline. Tu as vécu, tu n’as pas vécu, on t’ignore. Comme s’il n’avait jamais existé alors que c’est faux. A la naissance, on a une maman même quand on est né sous X, on a droit à un nom, à un prénom. Et dans la mort on bien droit à ça aussi. Ensuite, on retourne dans le centre-ville. Un homme jeune, Frédéric Chanal était mort là il y a trois ans. Devant la révolte de ses amis, une plaque a été posée. C’est là que chaque année, la date anniversaire de sa mort, un hommage a lieu en mémoire des Morts de la Rue à Bordeaux. 28 juin : à la Rochelle, nous rencontrons l’équipe de prévention du Samu Social La Rochelle, c’est bizarre, dit Micheline, quand ils veulent faire quelque chose, ils sont coincés. Ils sont pris au piège. Sans argent on ne fait pas grand chose. Du coup, ils font tout dans la rue. Et ils sont plus près des gens. Le fait d’être démunis, ça les rapproche, précise Danièle. Ils vont vers les gens et n’ont pas de bureau pour les accueillir, ils ne les font pas venir puisqu’ils n’ont pas de local, et plus d’accueil de jour. Ils n’ont rien. Ils connaissent mieux la réalité de la rue. Parmi les personnes à la rue qu’ils rencontrent 58% n’ont aucune ressources. Les administrations sont de plus en plus difficiles, et plusieurs renoncent à faire les papiers, car les démarches sont très lourdes. Pour faire les papiers, ils sont dans la rue ou au bistrot. Les personnes de la rue se rappellent de leurs morts. Ils en parlent aux nouveaux copains pour qu’ils ne s’installent pas là. Avant, l’équipe avait un cahier pour faire mémoire, mais ils n’ont plus de locaux. depuis quelques temps, les autopsies ont lieu à Poitiers, et les corps ne sont pas rapatriés sur la Rochelle ce qui est dur pour l’entourage. L’équipe : Anita Porcell, Marc Garreau, Hugues Mesnard, et Matthieu (stagiaire,) constate comme à Paris qu’il y a davantage de personnes âgées. Il y a aussi davantage de personnes à la rue que les années précédentes. Ils évoquent un monsieur âgé qui vivait dans sa voiture et qu’ils sont arrivés à amener vers un établissement pour personnes âgées dépendantes. L’équipe nous invite à faire une tournée avec eux vers les personnes de la rue. Nous n’en avons pas le temps ce jour-là, mais promettons de revenir l’an prochain. La ville est belle mais n’aime pas ses pauvres. Certains restaurateurs les repoussent violemment. Et les élus multiplient les arrêtés contre les gens de la rue, la mendicité, les chiens, etc. et les services de la propreté jettent les couvertures données par le samu social. L’équipe était contente de nous voir. Ça donne l’air. On a envie de se revoir. Ensuite, nous sommes allés voir Alex et Liliane qui vivaient à Paris à la rue, au métro Cambrone, et habitent maintenant, une petite maison à la Rochelle. « j’ai trouvé qu’ils avaient une jolie petite maison, avec un petit jardin, c’est bien. Ils ont plusieurs cages avec des oiseaux, un lapin, des gerbilles… » 26 juin : à Rennes nous avons rencontré le Collectif Dignité Cimetière. et avec eux, les équipes de Nantes et Angers… Rencontre des collectifs de Nantes, Angers, Rennes et Paris. Le matin : un temps d’échange. L’après midi : visite du cimetière de Rennes. Pique nique sous les arbres de la cour dans l’après midi. Ce qu’en dit Micheline : Le chemin du souvenir, le jardin du souvenir, quand on rentre dans les urnes, quand on se fait incinérer, des petites cavités si on veut avec le nom et prénom dessus et la date de naissance et de mort. Ils peuvent mettre des fleurs dans un truc exprès et spécial. Là, ils sont mélangés aux autres morts, on ne fait pas de différence, tout le monde est égaux. Je croyais que c’était comme on fait à Thiais, où c’est tout carré. Là ce n’est pas pareil. Ils mettent des pierres de granit poli, qui sont récupérées des anciennes tombes. Le granit, ils mettent ceux qui ne sont pas abîmés, qui sont encore bien. Par contre, ils ont des croix blanches qui les distinguent des autres, et le Collectif Dignité Cimetière veut changer ça. C’est pas mal, ça la grande sculpture : des dalles ou reposent les personnes après leur temps dans les tombeaux. C’est gris et blanc. La sculpture est mise sur un socle profondément pour pas que ça tombe. C’est pas comme à Rouen ou à Paris, où les gens sans ressource sont à part. C’était bien quand on a expliqué avec les gens de Nantes et Angers, chacun disait ce qu’il faisait. C’était convivial. C’était bien remarque. C’etait bien aussi le jardin avec les dahlias. Ils en ont planté 140 dahlias qui serviront à fleurir les tombes durant toute la saison. Ce qu’en dit Victoric On n’a pas le droit de dire les mots qu’on veut. Indigents j’ai beaucoup aimé le gars avec une barbe, Raymond. Et Patrick aussi. Une espèce d’impression, comme si je n’avais pas besoin de leur parler pour savoir que ce sont des gens biens. J’ai beaucoup aimé Réflexion à un moment. Je parlais avec Xavier qui disait qu’on ne sortait jamais de la rue. On pourrait faire beaucoup plus. Il ne faudrait pas partir du fait d’aider les gens à mieux vivre dans la rue. Qu’il n’y aie plus personne à la rue pour que plus personne ne meure dans la rue. Les concessions pour 5 ans ou 7 ou… mais ça devrait être illimité ! On pourrait acheter un terrain avec un étang, des matériaux… un truc communautaire… ce qu’en dit Cécile : c’est très touchant de voir une salle de recueillement à l’entrée du cimetière. Nous aimerions tant qu’il y en aie à Paris… Cela permet de se retrouver dignement, y compris pour les personnes qui ne se retrouvent pas dans des lieux de culte. J’ai beaucoup aimé les multiples projets de l’équipe de Rennes. Le cimetière, c’est important. Nous avons aussi vu un reportage montrant l’équipe créant l’oeuvre d’art tous ensembles avec le forgeron… j’ai aimé d’autres projets en cours : film et projet de monument. Nous avons beaucoup à apprendre du dynamisme de l’équipe. Ça a aussi été une grande joie qu’à l’occasion de notre venue, les équipes de Nantes et Angers soient aussi présentes. Très impliqués, ces deux collectifs sont davantage à leur démarrage. Le partage était riche. Un vrai compte-rendu devrait suivre ! 25 juin : rencontre avec ARAMI à Rouen. visite du cimetière où ils accompagnent Morts de la rue et isolés… bon repas partagé et échanges d’expériences _ Accueillis par Yves Meyer et Marie-Agnès, nous avons visité le vieux quartier de Rouen. C’était très beau. Nous avons posé devant le plus vieil immeuble… Nous ne pouvons tout vous raconter. C’était beau et passionnant ; Le cimetière de Rouen avec l’emplacement réservé aux Morts isolés, qu’ils nomment encore le « carré des indigents » mais pour lequel ils cherchent un nouveau nom. Municipalité et personnel du cimetière sont très compétents et humains et travaillent avec ARAMI (Association Rouennaise pour l’Accompagnement des Morts Isolés). Le cimetière est situé à l’extérieur de la ville, à la lisière de la forêt. Il est très pentu. L’espace réservé aux plus pauvre est dans la partie haute du cimetière. Chaque tombe est délimitée par un cadre de bois ou de résine synthétique, comblé de graviers, mais qui permet des plantations. L’association y plante un troène. Certaines morts tragiques dont un enfant nouveau né retrouvé en Seine, une femme et son enfant, mortes dans une chambre d’hôtel, une jeune prostituée retrouvée en Seine… lisant les plaques sur les tombes nous constatons que souvent ces personnes sont mortes jeunes. Le gardien s’est investi dans la visite. Il prend intérêt à ces gens que la société a tendance à mépriser. Il était investi. Le choix du lieu d’un nouveau carré a été réfléchi. La dignité pour ces personnes est une victoire. Le nom des personnes est écrit sur une stèle de bois ou sur une croix selon ce qui est connu de ces personnes. L’association est composée de 25 bénévoles, dont 4 à 6 sont présents pour les inhumations. Le nombre de personnes accompagnées varie selon les années de 10 à 20. Cette année, déjà 23 !! Une fiche par personne accompagnée : renseignements connus, texte qui a été lu. Un hommage a lieu au 1er novembre de chaque année. Les tombes sont fleuries par la mairie. Cimetière de l’Ouest à Rouen Réflexion du jour. Peut-on se satisfaire d’être présents pour la mise en terre de personnes pauvres et/ou isolées ? N’est-ce pas un pansement ? Est-ce suffisant pour une société dite évoluée ? Quelle importance donne-t-on à l’être humain… ? Faut-il qu’il y aie un espace réservé pour les gens « sans » ressource ou argent ou amis ou familles… ? Où est l’égalité humaine ? 24 juin : départ, pour un déjeuner et une rencontre informelle avec la "Boutique" de Beauvais. A Beauvais, nous sommes accueillis à la Boutique solidarité Emmaüs de Beauvais labellisée Fondation Abbé Pierre. Dans des locaux exploités au mieux, plus de 2400 personnes ont été accueillies en 2011. Nous avons été en lien depuis quelques années avec l’équipe au sujet de décès. Depuis début 2012, déjà 6 décès déplorés. Nous ouvrons la rencontre en parlant d’eux. De l’accompagnement jusqu’au bout de leur vie. Du respect des personnes. De certains qui ont pu laisser des lettres à leur famille, une sorte de testament, de choses qu’ils n’osaient dire de leur vivant. Nous avons aussi appris qu’ils faisaient un cahier après le décès, où les amis, les connaissances pouvaient écrire un mot. Le cahier est remis à la famille quand elle est présente. Ou quand il n’y a pas de famille, il est mis dans le cercueil, pour accompagner d’amitié. La rencontre commence autour d’un repas ensoleillé : du couscous sur une table joyeuse et colorée. Nous sommes accueillis par Delphine Lila, responsable adjointe, et toute une équipe de compagnons. Oumar salarié, le spécialiste du voisinage qui favorise les liens, Patrice, Eunice, Isabelle les compagnons Boutique, sont aussi présents. Ensuite nous faisons le tour de la maison, étonnante maison qui semble répondre et s’adapter à tous les besoins : Accueil - écoute – information, mise à disposition de services Domiciliation, Bagagerie, mais aussi bagagerie alimentaire (frigos et congélateurs pour les personnes qui n ont plus de toit), cuisine à disposition des familles en hôtel qui ne peuvent cuisiner, et coin pour que jouent leurs enfants. Lieux de repos et de mise à l’abri où ceux rencontrés en maraude peuvent dormir un moment en sécurité, espace de santé où faire venir un médecin, pour améliorer l’accès aux soins… le principe est que chacun non seulement reçoit un service mais en rend : fait le café ou le ménage il y a aussi un jardin où cultiver pour tous, puis des sorties barbecue, balades, pétanque… 14 salariés (dont des emplois aidés), 10 bénévoles, sont enthousiastes dans ce travail qui tente de s’adapter à chaque personne et chaque situation. Merci à la Boutique de Beauvais de cette rencontre images d’un repasune maison et des personnesun accueil 5 juillet : retour vers Paris… Nous vous relaterons sur cette page nos rencontres !!!! on va essayer au quotidien !!! tous sont armés d’appareils photo ! Les participants : du Collectif les Morts de la Rue, de 24 à 70 ans, 3 hommes et 3 femmes au début, puis le groupe s’étoffera à partir de Marseille puis Grenoble.plusieurs d’entre nous ont connu la rue ou le quart monde. Certains sont concernés familialement. plusieurs sont engagés dans d’autres associations : Coeur du Cinq, Antigel, Atd quart-monde… l’objectif : apprendre les uns des autres… et un jour, nous espérons bien poursuivre notre tournée vers Bruxelles, Lille, Strasbourg, Metz, Toulouse… et partout où des initiatives proches naissent ou vont naître…

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