Une personne vit dans la rue en bas de chez moi

mercredi 14 avril 2010

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ce dépliant est à votre disposition contre remboursement des frais de transport.

Historique du dépliant :

Lors d’une rencontre informelle entre des représentants du Collectif et Martin Hirsch (Haut Commissariat aux solidarités actives), à l’automne 2007, nous sommes arrivés au constat suivant : les citoyens sont souvent désemparés, ne sachant que faire, face à ceux qui vivent dans la rue, parfois devant chez eux ; d’autre part, les personnes qui vivent à la rue parlent tous de leur solitude, du manque de regards et de considération de l’entourage, jusqu’à s’en laisser mourir.

De ce constat est venue l’idée d’un dépliant de sensibilisation pouvant nous aider.

Un groupe de travail constitué par le Collectif s’est réuni depuis novembre 2007 au Haut Commissariat, 56 avenue de Ségur.
Deux personnes du Haut Commissariat étaient également présentes.

Julien Canonne (Animateur. Compagnons de la nuit)
Gilles Courtois, ( Citoyen. s’est engagé dans une relation suivie avec un habitant de la rue, jusqu’à sa mort.
Sylvie Couteau (Infirmière. Solidarité Nouvelle pour le logement, engagée dans des liens de voisinage)
Charles Gazeau (Coeur du Cinq, Secours Catholique)
Anne-Marie Le Vaillant (Travailleur social, peintre. Collectif Les Morts de la Rue)
Loïc Le Naour (Chef de cabinet. Haut Commissariat)
Christophe Louis (Directeur d’association, Président du Collectif)
Alain Mercuel (Psychiatre. Exclusion et Santé mentale)
Georges Noublanche (Responsable des maraudes. Restos du Coeur)
Flora Pulvar (Dispensaire pour des personnes en situation de précarité. Bureau du Collectif)
Cécile Rocca Coordinatrice. (Collectif Les Morts de la Rue)
Bernard Sarrazin (Professeur de lettres, militant associatif. Bureau du Collectif)
Charles Schweisguth, (Président de La Raison du Plus faible)
Flore Vasseur (Ecrivain, Haut Commissariat)
Claude Wiéner (Collectif Ivry SDF)

En vue de faire ce dépliant de sensibilisation, des personnes de milieux divers ont répondu à ce questionnaire :
Voudriez vous contribuer à un travail que nous mettons en route avec le Haut Commissariat aux Solidarités actives ?
Nous travaillons à un dépliant qui viserait à changer nos regards de citoyens ordinaires envers les personnes vivant à la rue.
Il peut nous aider que vous tentiez de répondre aux questions suivantes :

  • S’il m’arrive de rentrer en relation avec des personnes vivant à la rue, qu’est-ce qui me pousse à le faire ? Est-ce que je suis content de l’avoir fait ?
  • Si je ne rentre pas en relation avec les personnes vivant à la rue, qu’est-ce qui me retient ? Est-ce que je suis content de cette distance (ou réserve..) ?

Vous pouvez bien sûr répondre à ces questions et/ou recueillir les réactions de votre entourage.
Un grand merci.


Mini enquête

Mini enquête

Nous vous partageons ci-dessous les réponses des uns et des autres, à lire comme un forum. Vous pouvez, d’ailleurs, continuer le dialogue en répondant vous mêmes, dans le forum qui suit cette page.

Peut-être vous y reconnaîtrez vous ? (sur une même ligne, c’est une même personne qui répond, et qui parfois rencontre et parfois ne rencontre pas).

J’y vaisJ’y vais pas
Lorsque je rentre en contact avec des personnes de la rue, c’est que je pense avoir quelque chose à partager avec elles comme avec n’importe qui d’autre et j’en retire ou pas de la satisfaction comme avec tout le monde aussi ! Pourquoi faudrait-il toujours mettre ces personnes dans une catégorie à part ! Je le fais si j’ai quelque chose à partager, si je pense lire un besoin particulier dans leur regard. Si je ne rentre pas en contact avec des personnes à la rue, c’est que je n’ai pas de raison particulière de rentrer en contact avec elles. Je ne rentre pas forcément en contact avec une personne à la rue.. Je n’ai pas de regret particulier ou si, lorsque la personne est dans un état qui ne me permet pas de l’aborder.
Il m’arrive de donner de l’argent : pourquoi lui et pas un autre ? La situation du moment : monnaie ou pas monnaie, honte de manger mon 4 heures devant quelqu’un qui en a manifestement plus besoin que moi... je donnais très souvent quand j’étais étudiant et plus maintenant alors que je n’ai plus de souci d’argent... Pourtant je suis toujours content de le faire, même un peu fier ! Pas ou peu d’échange verbal, mais un sourire, volontiers, même quand je ne donne rien... Je ne suis jamais fier d’avoir ignoré quelqu’un dans le besoin : il n’y a pas de logique dans les choix que je fais, si ce n’est que je n’irais pas vers quelqu’un dont l’aspect est vraiment repoussant, ... Je ne rentre pas en relation parce que je suis très gênée, j’ai peur d’une agressivité quelconque, par ailleurs, je pense qu’il y en a beaucoup qui ne sont pas réellement dans le besoin, et qu’il vaut mieux passer par des associations reconnues pour les aider. Ce qui me retient c’est la même chose que pour tous les inconnus, timidité. Pour les personnes de la rue il y a aussi une certaine répulsion, et une certaine peur de leur éventuelle agressivité. Pas fière de cette distance, contraire à toute charité et à toute bienveillance. Le fait de penser qu’ils vont me demander quelque chose et notamment de l’argent, pas envie de parler à des inconnus (rien à leur dire), peur de la saleté. Beaucoup profitent des bons sentiments (4 ans dans mon train qu’un gars fait la manche avec le même discours). Content et fier, non, mais indifférent certainement un peu.
Toujours oui pour un petit sourire ou petit échange de chaleur... la vie est faite de rencontres donc je me dis que ça peut apporter un petit quelque chose. Je ne peux de toute façon pas rester indifférente aux personnes seules et sans domicile. Est-ce que je suis contente de l’avoir fait : bien-sur sinon je ne le ferais pas ... ne rien faire que l’on puisse regretter après surtout lorsqu’il s’agit de rentrer en relation avec une autre personne, la sincérité d’abord ! Par contre je ne quitte pas la personne heureuse... je pars impuissante et triste, voir coupable de ne pas essayer de faire plus.
Rencontrer les personnes de la rue dans le cadre d’un stage m’a ouvert les yeux et depuis j’agis différemment avec ces personnes. Ils peuvent nous apporter beaucoup et ils méritent un grand respect. Je suis très heureuse de l’avoir fait, quelque part c’est eux qui m’ont aidée dans un moment difficile. Les préjugés, les tabous la peur de vivre dans la rue peuvent nous empêcher d’aller vers eux. Malheureusement, ce sont des préjugés ancrés dans la société et dans l’éducation.
Peut-être un peu hors sujet j’avais aussi trouvé ce document du CAS sur le portrait social des français assez intéressant à parcourir... On y trouve quelques chiffres Eurostat et des comparaisons intéressantes... En France, pour une personne seule, et selon la définition habituellement retenue, être pauvre signifie toucher moins de 797 euros par mois, contre 61 euros en Roumanie et 1 424 euros au Luxembourg.

Une France moins inégalitaire et moins pauvre que la plupart de ses voisins, mais des Français plus inquiets de l’exclusion.

13 % des Français pensent qu’ils pourraient devenir un jour sans-abri, ce score étant parmi les plus élevés dans l’Union.

Les Français sont plus tolérants vis-à-vis de l’immigration et des immigrés que la moyenne des Européens.

Il m’arrive de rentrer en relation avec des personnes vivant à la rue, si la personne me sourit, m’adresse la parole ou me demande quelque chose (sandwich, argent ou tickets de métro..) Je suis contente de l’avoir fait. Oui très contente, rassurée même si la frustration est toujours présente. Ce qui me retient : Sentir que la personne n’a pas envie qu’on la dérange, si elle dort, si on la sent en très grande détresse physique (alcool ou autre...) Quoique dans ce cas-là, un sourire ou une parole peut faire que je me déciderai à lui parler

Et est-ce que je suis content de cette distance (ou réservé..) ?

Pas du tout, ça me rend triste et ça me frustre. Bien sûr, le problème qui peut surgir vient du fait que certains bénéficiaires n’ont pas d’équilibre. Et peuvent abuser de la situation sans le vouloir ou devenir envahissant... c’est dur à avouer mais c’est la réalité.

Ce qui me pousse à le faire : ça à l’air de faire plaisir et je ressens un grand besoin en face de moi. Je suis donc contente de le faire

J’ai pensé à une accroche : "avant il était comme toi, maintenant il est sans toit...mais tu peux l’aider." Voilà.

Ce qui me retient, la gêne, l’inhabitude. Je me sens honteuse de ne pas le faire.
Multiples raisons : une bonne tête, une envie de rencontre, un besoin d’aide apparent, une réponse à une interpellation. Trois mots au lieu de la pièce, souhaiter une belle journée. Mot d’humour… Mon état d’humeur : pressée, dans la lune… Des raisons de violence ou d’alcool que je supporte mal. Quand les personnes sont dans des gestes intimes, ou paisibles (lecture… n’ayant pas de murs pour se protéger, je respecte leur espace.
Je réponds à votre mini enquête. il m’est très difficile de rentrer en contact avec les gens de la rue, probablement par pudeur et par timidité. J’ai toujours un peu peur de leurs réactions et leur aspect physique me retient bien souvent. En toute franchise, je suis mal à l’aise mais je suis encore plus mal à l’aise de l’avouer.
Curiosité Tentative d’écoute Tentative de solidarité, service Résurgence de clichés : sdf = clochard = odeurs =vue = risque de trouver quelqu’un de collant (!)

Si manche : « celui-ci, je le connais bien et trop. C’est un pro qui a un bon filon ». « C’est un Roumain : je suis absolument contre » Risque d’engrenage fâcheux Il y a des gens qualifiés pour cela.

Je suis bénévole à la soupe St Eustache depuis + de 10 ans donc tous les vendredi je rentre en contact avec eux. Il m’arrive de m’arrêter dans la rue pour offrir une cigarette (mais je ne fume plus depuis plus 5 mois) , ou un ticket resto et parler 2 minutes avec eux ou les écouter souvent car je sais qu’ils souffrent de l’indifférence.

Ma motivation n’a pas toujours été la même qu’aujourd’hui. Au début quand j’étais ado, j’étais plus radicale, je voulais changer le monde, j’étais révoltée par les inégalités sociales, j’en voulais à la terre entière de laisser faire. Aujourd’hui, il m’arrive d’être en colère contre les pouvoirs publics qui ne font pas assez etc., mais je suis plus humble dans ma démarche et plus sereine car je sais que seule la politique des petits pas marche. C’est d’ailleurs cette politique qui est prônée par Martin Hirsch.

Je suis guidée par l’envie et l’amour je sais que ça peut paraître un peu impudique mais c’est la vérité. J’ai envie d’aider les autres quelle que soit leur situation plus ou moins difficile. Envie et besoin de partager tout ce qu’on m’a donné car j’ai conscience d’avoir reçu beaucoup, beaucoup.

Je suis également portée par l’amour fraternel. Ma démarche est républicaine et laïque je suis convaincue que nous sommes tous frères . J’aime les gens en général donc je n’ai pas de raison de ne pas aimer les exclus au contraire et de ne pas aller a leur rencontre ou de ne pas leur répondre quand ils me parlent ! Certains, au bout de temps, sont devenus des amis avec qui je vais boire un café quelquefois, certains sont déjà venus chez moi. On pense à nos anniversaires, on se confie.

Je ne suis en réalité ni contente ni pas contente ni soulagée plus que cela ; la relation avec eux est naturelle. Je les vois comme des hommes et des femmes avec qui j’échange sur un pied d’égalité. Je suis contente quand j’ai eu une discussion agréable ou drôle ou intéressante avec l’un d’entre eux. Mais contente d’être allée à leur rencontre, ce n’est pas le terme.

L’humanité, la compassion, l’éducation chrétienne, le "devoir" de charité envers son prochain, le souci de ne pas rester indifférent à ce qui m’entoure. Oui, j’en suis contente ; (devoir accompli bien sûr, bonne conscience) mais surtout je découvre une Personne, une fraternité possible dans des échanges qui se créent et des liens qui se tissent. Une goutte d’eau dans un océan, un peu de douceur dans un monde de brutes. Le regard, le sourire donné et reçu (parfois, pas toujours) sont un don réel de soi même et de l’autre qui font grandir mutuellement. On donne, mais on reçoit, donc il y a partage, échange, acceptation mutuelle qui peut grandir et déboucher sur une autre présence qui nous dépasse infiniment et nous fait croire à l’Amour. Celui qui croit donner est aussi celui qui reçoit le plus. Créer des liens c’est s’apprivoiser, se laisser aimer et accepter par l’autre et c’est bien souvent la personne vivant à la rue qui fait le plus gros "boulot" pour nous inclure dans son monde, nous inviter chez elle... Quand je détourne le regard pour éviter ces personnes, par égoïsme et lassitude, j’ai plutôt honte de moi, de ma lâcheté.
Un sourire, le fait d’avoir déjà entrepris une telle démarche (les appréhensions sont moindres), le désir de parler, le fait que tout le monde passe autour de la personne sans s’arrêter, savoir que c’est peut-être le seul contact qu’aura cette personne dans la journée. Je suis toujours content : plaisir de dialoguer avec quelqu’un, sentiment d’avoir humanisé un rapport. Ce qui me retient : la saleté (vomissures, odeurs, etc.), l’ébriété (risque d’agression incontrôlée), le fait que je sois pressé. Avant de l’avoir fait régulièrement : le fait de ne pas savoir quoi dire / comment amorcer le dialogue (ce qui n’est plus le cas maintenant). Quand les personnes dorment.

Je ne suis pas content quand je ne sais pas m’arrêter 2mn pour une rencontre, sentiment de culpabilité.

Dans le monde de brutes dans lequel nous vivons, un peu d’humanité peu les aider à survivre. Est-ce que je suis content de l’avoir fait ? Ni content, ni sentiment de satisfaction, juste en accord avec ma conscience, moi le nanti !
J’ai approché une seule fois un homme vivant dans la rue, c’était un soir, vers 21h, il faisait nuit. Il m’a interpellé, et m’a expliqué qu’il ne pouvait pas retourner jusqu’à l’endroit où il dort habituellement car il ne pouvait pas marcher (la distance était d’environ 150m). Je suis allé cherché ma voiture et je l’ai véhiculé jusqu’à l’endroit voulu. J’ai été touché car il dormait dehors. J’ai réessayé de prendre des contacts avec lui après mais il était très difficile de discuter avec lui car il se mettait en colère sans que je ne comprenne pourquoi. La première raison me semble être que j’ai peur de ces personnes ! La deuxième raison est que je ne prends pas le temps.

En fait, la précarité me touche réellement, mais je ne sais pas quoi faire, excepté de donner une pièce et d’aider les organisations humanitaires par des dons.

Si à l’issue de votre enquête, vous émettez des conseils pour rentrer en contact avec les personnes de la rue, je suis intéressé. Merci d’avance !

Je suis bénévole au Secours Catholique, antenne des Personnes sans Domicile, et je vis au quotidien avec elles. C’est un engagement de chrétien, et je suis heureuse de le faire.
"Oui", il m’arrive d’entrer en contact avec les personnes qui vivent dans la rue. Parce qu’ils sont là et qu’il n’y a pas de raison que je les ignore. Ils sont des hommes, des femmes, des jeunes qui méritent mon respect et ma considération autant que les autres. Aller vers eux est une manière de l’exprimer clairement car je me rends compte que ça ne va pas de soi pour tout le monde. Je vais régulièrement dans la rue, dans l’objectif de retrouver ceux qui y vivent ; pour leur signifier qu’ils sont pour moi des personnes qui comptent, avec leurs richesses et leurs pauvretés, que leur amitié a du prix pour moi. Cette simple présence auprès d’eux est une manière de vivre ma foi, de suivre le Christ qui tout au long de sa vie publique a mis l’homme au centre, avant les pratiques, les rites, les politiques, les intérêts économiques etc. Ces rencontres m’humanisent, unifient ma vie parce qu’il n’y a pas une part que je refuserais de voir en face, elles me donnent de recevoir en pleine face, en plein coeur l’humanité, avec sa beauté, son mystère, sa douleur.
Je réfléchis d’abord rapidement à mon état intérieur ; ai-je envie de croiser son regard, le temps de croiser son regard, la disponibilité suffisante ? La plupart du temps, c’est oui. Le regard échangé, c’est le minimum. Sinon, cela voudrait dire que l’autre n’est plus un être humain. Après, pièce ou pas pièce, ça dépend. Je ne sais pas si je suis content de cette « mini-entrée en relation », je serais plutôt rassuré de ne pas avoir cédé aux apparences, à l’odeur, etc.
Désir de rencontrer un autre être humain, appelé à la vie comme moi, sur terre et après, selon les convictions de chacun. Pouvoir échanger de l’humanité. Casser les rapports déshumanisés de notre société individualiste basés sur l’efficacité en vue de l’intérêt, plus ou moins égoïste de l’avoir, du savoir et du pouvoir. Oui. Conviction d’avoir vécu quelque chose qui transcende ma vie banale.

Je souhaite devenir un "pro" de l’échange coeur-à-coeur, à égalité, sachant aller à l’autre dans la misère "les mains nues" selon la formule des "Captifs".

L’apparence de cette personne, parfois ivre. Je doute alors de l’utilité d’une telle démarche faute de sa réceptivité à ce moment. Parfois, je crains ses réactions d’agressivité ou de violence. La compagnie d’une autre personne avec moi pour qui la démarche serait dérangeante et qui ne me permettrait pas un échange de la qualité que je souhaite. Le professionnalisme de mendiants qui "travaillent" et n’ont pas de temps à perdre en rencontres "non juteuses". En plus, ça m’agace de subir une « musique imposée, un discours tout fait, pour faire pleurer dans les chaumières…Je ne souhaite pas rencontrer ce visage là de la personne.
La curiosité, connaître sa vie, ses choix. Pourquoi est-il là, comment vit-il, pourquoi continue-t-il à y vivre ? Content de l’avoir fait. Ce qui me retient c’est la peur de ne rien avoir à lui dire, c’est aussi de croire que je n’ai rien à lui apporter. Je pense que personne ne peut être content de cette distance. Même celui qui fait semblant de ne pas voir. Une fois qu’on est entré en contact on comprend que cette peur n’est pas justifiée.
J’aime bien entrer en relation avec les gens, personnes de la rue ou pas, surtout dans mon quartier, (et je ne suis pas la seule, pas mal de gens s’enquièrent des personnes à la rue , achètent des sandwiches ou apportent des vêtements suivant les demandes ) je ne m’y sens pas obligée, mais qu’est ce qui pourrait me pousser à dire bonjour aux gens que je connais de vue ou très bien et pas à ceux que je connais de vue aussi ou très bien (par le café accueil du vendredi) et de leur faire une bise dans la rue ou de leur serrer la main parce qu’ils sont sur le trottoir ou devant la boulangerie ??

Si on connaît une personne, ou si une personne regarde avec une certaine insistance j’ai assez vite envie simplement d’abord de lui sourire et ensuite mais pas systématiquement de lui adresser la parole, même si ce n’est que pour dire bonjour ou « il froid /chaud », et la prochaine fois un peu plus etc......... il y avait une personne dans ma rue avec laquelle on parlait toujours un peu de musique !

Je ne suis ni contente de moi ensuite (quelle horreur !!!!! ), ni pas contente, c’est vraiment du domaine du « banal et ordinaire » ; encore une fois, mon quartier prête à cette attitude par l’attitude générale ! En plus, le 9° est un village où on se connaît beaucoup et où si on veut vivre une vie de quartier on peut facilement , alors c’est du tout bon ! Et ça marche dans les deux sens, une personne de la rue aide aussi à franchir certains caps difficiles par une présence, un petit échange, un peu d’humanité... et m’apprend beaucoup sur la vie dans notre siècle et dans notre société, ce qui m’intéresse.

Il m’arrive aussi d’être épuisée, de mauvaise humeur ou enfermée dans des problèmes de travail et de ne voir personne (sauf ceux que je connais, là je dis bonjour et un petit signe pour montrer que je cours !) il m’arrive aussi de croiser des personnes qu’il me semble que ce serait « agresser » de leur parler sans demande de leur part, qui veulent être tranquilles : un petit coup d’oeil suffit (j’ai beaucoup appris sur ce que disent les personnes de la rue sur les gens qui passent comme s’ils n’existaient pas !) et là, non, je ne suis pas contente de cette distance qui n’est pas de la peur (mais je suis prudente avec les chiens !). C’est peut-être une lassitude de voir l’étendue du problème qui s’aggrave chaque jour, l’énorme masse d’énergie à faire bouger, même tous ensemble ...

Pour un problème de grève , j’ai du traverser Paris une nuit à pieds, des Invalides au 9°, entre minuit et une heure du matin, et j’ai été saisie par le nombre de personnes qui s’installaient le long des rues à partir de la Concorde, qui avaient des matelas, des couvertures, qui se disaient bonsoir, comme si tout cela était normal (et certainement ordinaire pour eux), c’était toute une partie de notre société, invisible, qui devenait visible, parce qu’il y avait des gens tout le long des rues, très peu d’espace les séparaient ... je suppose qu’ainsi ils avaient moins peur d’être agressés ?

Alors là j’étais assez catastrophée de mon inutilité totale, de ma distance obligée...

La plupart du temps, si je rentre en contact avec un sans abri, c’est que je suis bien moi même, que je me sens joyeuse ou calme à l’intérieur, que je me sens avoir assez d’énergie pour en insuffler aux autres. J’ai été bénévoles dans l’association Les Bancs Publics, et effectivement je me sentais plus présente quand j’étais bien, disponible. Cela arrive aussi quand ils m’interpellent, car je ne veux pas les snober ou les ignorer. Quand je le fais, je suis contente car cela correspond à mes valeurs de respect et de dignité pour tous, car je sais qu’ils se sentent souvent méprisés et dénigrés. Je me sens alors cohérente avec moi-même, et je me dis que peut-être je leur ai fait un peu de bien. Lorsque je ne rentre pas en relation avec une personne vivant à la rue, c’est parce que j’ai souvent peur. Les personnes que je ne connais pas et qui boivent beaucoup m’impressionnent. Je les crois potentiellement plus imprévisibles et peut-être violent. Les délires psychologiques des sans abri m’impressionnent aussi. Ce sont des émotions que je n’arrive pas à contrôler. Je ne suis pas du tout contente de cette distance, d’autant que j’étudie la psychologie et je me dis donc que c’est un vrai problème à régler.
Il me semblait impossible de rester sans tenter quoique ce soit devant toutes ces situations de détresse. De plus, je pense que personne n’est à l’abri de la détresse qui peut mener à la rue et à une mort précoce. Par expérience , auprès de proches aussi, en dehors du groupe antigel, J’ai malheureusement fait le même constat. D’où la grande nécessité d’une solidarité et d’un regard sur l’autre (voisin, amis ...) pour éviter les situations d’isolement en face des chocs que la vie peut parfois infliger. Un mot de réconfort , un geste d’aide dans la mesure de son possible, peuvent aider et re-motiver la personne. C’est un vaste sujet et un grand défi pour le XXI siècle.
Mon engagement au sein de l’Equipe Saint-Vincent Oberkampf Paris 11ème, traduit mon esprit de service et mon esprit d’équipe, pour aider ceux qui sont en situation précaire, voire vivant dans la rue.
Dans le milieu habituel de vie (domicile travail) je rentre facilement en contact (plus ou moins quand même : j’ai souvent fait l’expérience que les personnes très alcoolisées ne supportent pas mon regard... il doit trop montrer de distance) avec ces personnes. Elles sont mes ’voisins’ et comme tels, je les salue et si je les rencontre plusieurs fois, je donne une poignée de mains et engage une petite conversation... et c’est bien. Hors de ce contexte, notamment lors de mes déplacements dans les transports en commun, je suis un ’mur’... et sans culpabilité.
Oui, il m’arrive d’entrer en relation avec eux ; ceux de chez nous, du CHAPSA. Eux-mêmes m’interpellent et je suis heureuse de converser avec eux..

Etre bon samaritain avec toutes ces personnes est un appel évangélique. Je ne suis pas fière de moi certaines fois.

J’ai un souhait : vous allez faire un dépliant pour nous aider à changer notre regard, pourquoi pas nous aider aussi à les mettre en liens avec des associations qui peuvent les héberger ou leur procurer nourriture - hygiène. Des adresses de ces lieux là sur nos différentes villes... Merci.

En ville, ce n’est pas aussi facile. Qu’attendent-ils de moi ? Je trouve difficile de rentrer en contact avec ceux qui mendient. La plupart sont furieux si on leur dit bonjour sans rien donner. L’habitude parisienne : on leur fait perdre leur temps ? Ce que j’essaie de faire c’est de croiser leur regard. Quelques fois cela leur suffit et ils sourient. un tout petit sourire, mais... Je n’ai pas l’habitude de rentrer en contact avec des inconnus, par éducation. Je passe souvent au-delà de cette éducation pour les gens de la rue. Pourquoi ? Cette ’appartenance’ fait-elle que je me sens un lien avec eux de par mon travail ? Ambigu. Ce qui me fait peur dans la ville, c’est que je n’ai pas grand chose à leur donner qu’un échange de regard ’d’humain à humain’ et j’ai peur de les décevoir et d’augmenter la colère qui est déjà en eux.
J’avais peine de voir ces gens là dans la rue et j’avais le désir de mieux les connaître pour comprendre ce qui les avait poussés à vivre ainsi. Je me suis inscrit dans un mouvement car j’avais un peu peur de les aborder directement. J’ai ainsi appris à ne pas les choquer en venant bavarder avec eux. Je suis contente de l’avoir fait car j’ai découvert qu’il y en avait beaucoup plus que je ne pensais. Hélas, Je ne voyais pas ce que je pouvais leur apporter en discutant avec eux. Je me suis rendu compte que parfois il n’avait vu personne d’autre dans la journée ils m’ont beaucoup apporté en me permettant d’aller vers les autres plus facilement. Ils me déstabilisent parfois car leur échelle de valeur est différente et il faut alors se remettre en empathie avec eux pour mieux les comprendre.
Sans aucun doute quand j’arrive à rentrer en relation cela me réjouit. En plus, je suis persuadée que chaque fois que nous rentrons en relation c’est nous mêmes qui nous enrichissons le plus. Cela me coûte. Je crains la situation (pourtant je suis assistante sociale). D’habitude je ne leur parle pas, sauf que la personne s’adresse à moi.
De me dire que c’est une personne, comme moi, et qu’il/elle est en détresse. Quand j’ose le faire, je suis toujours contente de l’avoir fait. Souvent je n’ose pas le faire ; je me sens bloquée ne sachant pas très bien comment agir… et je reste avec ce malaise de ne pas avoir osé, alors que sûrement la personne attendait un geste de ma part.
La réponse est tout à fait occasionnelle. Dernier exemple : Nous étions à un Mac Do avec Sunny et un homme et une femme visiblement de la rue, étaient attablés et mangeaient des chips et des chocos BN. Je leur ai dit : "Sans vous offenser, puis-je vous offrir 2 tickets Restau". Réponse : "Non merci, gardez les pour vous". Un des freins est aussi une fierté mal placée ou un manque d’humilité de la part de ceux qui sont dans le besoin, à moins que ce ne soit une intention de ne pas déranger l’autre ??? Autre évènement datant d’hier : Je suis allée déjeuner dans un snack passage de Provence et un jeune de la rue a lancé une balle à son chien en disant "Allez, cherche les bourgeois, il y en a beaucoup". Difficile après cela d’entrer en contact. Si je ne rentre pas en relation avec les personnes vivant à la rue, c’est qu’est-ce qui me retient ? et est-ce que je suis content de cette distance (ou réserve..) ? Je trouve que cette dernière question appelle un jugement moral sur notre choix ou nos difficultés à entrer en contact avec ces personnes. Comment peut-on être content d’une distance à l’autre ? Il faut déjà assumer sa culpabilité et/ou son impuissance. Pour avoir rencontré ces personnes, il m’est difficile aujourd’hui d’entrer aisément en contact avec eux. D’abord parce que le rythme de notre vie, et particulièrement ce temps imposé dans les transports en commun, me laisse peu d’espace pour prendre le temps de voir ce qui se passe autour de moi. Il faut qu’au quotidien, je me fasse violence pour sortir de mon bouquin ou de mon soduku ou simplement de ma somnolence, parce que ce temps là est un temps précieux à soi ou pour soi ! Ensuite, sortir de soi suppose une volonté consciente de rencontrer l’autre, d’avoir soif de rencontre. Chacun a son univers et être présent déjà à chacun demande de l’investissement. Alors pourquoi se disperser encore plus.
Je crois que, pour moi en tout cas il faut distinguer entre celles qui sont à proximité et que je vois chaque jour et celles devant qui je passe seulement. Celles que je vois régulièrement (c’est rare dans on quartier), je commence à leur faire un sourire ou dire bonjour, et ce n’est qu’après que je rentre en relation si je sens un désir de la part de la personne. Les rares fois que je l’ai fait, j’étais à la fois contente de l’avoir fait mais me demandant si cela avait servi à quelque chose. Si je le fais, c’est au fond parce que je sens que la personne désire un contact. La complicité muette (ou quelque chose comme cela) : sentir ce dont la personne a besoin.... Mais c’est difficile. C’est vrai qu’on sent mieux quoi faire, être moins intrusif avec les associations, mais n’est ce pas un peu une facilité de s’en remettre aux associations ??? Ce qui me retient est que j’ai peur d’être intrusive, indiscrète, et que je n’ai rien à proposer. Mais il est sûr que je ne suis pas contente de cette réserve, je m’en veux de ma timidité et de ma maladresse. Si je voyais quelqu’un de malade ou qui me demandait de l’aide, j’interviendrais sans doute, mais comment et jusqu’où ? Ce qui m’angoisse aussi parfois, c’est de me dire que je passe peut-être devant quelqu’un de malade, enfoui dans son sac de couchage et que je ne m’en aperçois pas...

Cela me fait un peu penser à ce que dit Marta à propos des personnes handicapées : soit on passe à côté d’elles indifférentes en faisant semblant de ne rien voir, soit on leur propose de les aider de façon paternaliste alors qu’elles ne demandent rien... La solution que propose Marta, c’est la complicité muette (ou quelque chose comme cela).

Ce qui me pousse à aller à la rencontre des gens vivant dans la rue c’est un sentiment d’injustice. J’estime que chacun doit avoir droit à un toit pour pourvoir garder sa dignité et continuer à vivre comme tout le monde. Le gouvernement se doit de faire le nécessaire pour plus qu’aucun être humain dorme sur le trottoir. C’est inadmissible. Oui je suis très satisfaite de le faire et regrette de ne pouvoir faire plus, par exemple héberger moi-même des personnes dans la difficulté. Je le fais avec des personnes dans une moins grande précarité mais malheureusement je ne peux pas faire plus. J’ai mis beaucoup de temps à agir mais désormais c’est en marche et j’espère que nous deviendrons nombreux. Qu’il n’y ait plus d’indifférence et d’égoïsme. Tout le monde a besoin de chacun.
Je pense que ce qui me pousse à rentrer en relation avec des personnes vivant dans la rue, c’est de créer un lien avec une personne isolée. Ce n’est pas forcément pour l’aider, mais seulement passer un moment avec elle. Ce qui est très frappant avec ces personnes dans la rue, c’est qu’elles vous regardent dans les yeux, avec ouverture et sincérité, alors que l’on est tellement habitué à voir les gens détourner le regard, surtout à Paris, pour ne pas avoir à engager de relation. C’est donc souvent assez naturel de rentrer en contact avec ces personnes ouvertes et simples. Leurs yeux sourient. En général je suis content de l’avoir fait, en particulier quand il n’y a pas eu de demande d’argent qui peut fausser l’échange. Quand je ne rentre pas en contact, c’est soit que je n’ai pas le temps, soit que la personne me repousse (saleté trop grande, forte odeur, personne trop alcoolisée), soit que les personnes sont en groupe et peuvent m’effrayer (en particulier jeunes alcoolisés). J’ai parfois un peu honte de ne pas intervenir, en particulier quand il faudrait peut-être faire intervenir le Samu social.
Ce qui me pousse à entrer en contact..... c’est que je ne supporte pas de voir qu’il y ait des gens plus malheureux que moi. c’ est pour moi une injustice. Tout le monde a le droit à un minimum vital (vivre dans la rue ne l’est pas). Et je pense que pendant le temps que je leur parle, c’est toujours du temps où ils ont une écoute, du temps à ne pas les laisser seul, c’est toujours du temps où ils ne pensent pas à leur malheur.

Bien sûr je suis contente de l’avoir fait car j’ai l’impression de palier quelques instants à leurs ennuis, ça me déculpabilise quelques instants de vivre sous un toit à l’abri...... J’ai du temps libre, il me parait évident d’en consacrer un peu aux personnes défavorisées. Ce qui est à la portée de tout le monde puisque le temps donné ne coûte rien.... En tout cas c’est plus facile de le faire que d’en parler !

Si je ne rentre pas en relation....c’est parce que je ne suis moi-même pas bien(problèmes personnels ou découragement face à cette impuissance devant le malheur). Avant les Maraudes je ne me posais pas toujours la question mais quand je me la posais je n’ étais pas fier de passer devant eux comme si je ne les avais pas vus. Depuis que je fais les Maraudes, je me pose la question à chaque fois mais ce n’est pas pour ça qu’en dehors des Maraudes j’interviens toujours...(il est plus facile d’ aborder les gens dans la rue avec son badge Resto du coeur que sans rien).
Une envie d’aider, en me disant que je peux très bien me retrouver dans une situation précaire également et que j’apprécierais que l’on m’aide si j’étais réellement dans ce cas. Par altruisme aussi, l’envie de se rendre utile et de changer les choses qui me révoltent. Oui je suis contente de l’avoir fait. Simplement la peur de ne pas savoir quoi dire ou quoi faire de plus pour les aider lorsque je suis face à eux, hormis une petite pièce. Non, cette distance ne me plaît pas, c’est pourquoi d’ailleurs j’ai décidé de m’investir dans une association, pour pouvoir réaliser des choses concrètes.
Volonté de rompre l’indifférence. Je ne peux pas rester insensible à cette souffrance, souvent visible, en tout cas à cette précarité financière et souvent relationnelle. Je suis le plus souvent contente de l’avoir fait. Il m’arrive cependant, notamment lorsque cette "rencontre" se termine par un don de ticket resto ou d’argent,d’avoir le sentiment de m’être fait "avoir" et d’être encore plus mal. C’est pourquoi je préfère désormais limiter la relation à une discussion. La pudeur (pourquoi irais-je lui parler plus qu’à n’importe qui d’autre dans la rue ?), le malaise (le monde de la rue fait peur, je préfère parfois ne pas voir), la peur de s’y prendre mal etc. Je suis le plus souvent très insatisfaite de cette réserve.

Des sous-catégories qui peuvent ressortir.

  • là où il s’agit d’échange ou on ne sait plus qui donne ou reçoit ; rencontre.
  • là où il s’agit de honte. De soi, de ne pas savoir rencontrer, de fuir
  • ce qui nous pousse à la rencontre ; exigence interne, morale, culturelle ou affective ? Appel de l’autre, réponse à une interpellation explicite ou implicite.
  • tout ce qui cause la gêne ; réalité de saleté, alcool, agressivité, et représentations de l’autre plus ou moins ajustées.
  • des pratiques ; sourire, aider avec sa voiture, donner ou pas de l’argent, etc.

Pour aller plus loin

Pour aller plus loin :

Et si je veux aller plus loin ?

  • Avec mes voisins on peut se grouper et intégrer les voisins de la rue.
  • Comme citoyen, je peux parler dans les conseils de quartier et réunions organisées par les partenaires locaux. Demander des centres de stabilisation et de petits lieux d’accueil dans mon quartier. Favorisant le brassage social, ils facilitent la vie ensemble.
  • J’appartiens à un groupe ? Sportif, culturel, confessionnel, politique… Et si j’y invitais mon voisin à la rue ? il est peut-être doué pour la pétanque ou passionné d’histoire de l’art... Il n’a pas seulement besoin d’être aidé, mais de participer activement à la vie commune du quartier.
  • Mon quartier, ma ville ? Quelles associations ou institutions y sont présentes ? Beaucoup sont locales, et toutes ne peuvent être sur ce site. Je peux prendre contact avec ma mairie. Je peux aller à la page RESEAU qui me donnera des contacts dans quelques villes.
  • Je peux aussi rejoindre des associations qui existent au niveau national mais ont des représentants sur chaque département. Ci-dessous une liste qui peut ouvrir quelques pistes.

www.ArmeeDuSalut.fr
www.secourspopulaire.fr
www.secours-catholique.asso.fr
www.atd-quartmonde.org
www.emmaus-france.org
www.equipes-saint-vincent.com
www.petitsfreres.asso.fr
www.restosducoeur.org
www.fapil.net
www.lesenfantsdedonquichotte.com



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